Sonnets en Avion

New poetry book in French

amour

Sonnets en Avion

Editions NON LIEU, 2015

Isbn: 978-35270-207-8

Illustrations by Nathalie Perrault

Translations by Ljiljana and Raymond Fuzellier

Introduction by Jean Pierre Faye:

Don à Nina

Pour Nina Živančević – j’ecris les mots qui designent et decrivent ce qui ne peut etre description, et que je nommerai la nonchalance ardente – de ses poemes, ou leur empressement retarde, retenu, rapproche. Qualite mysterieuse, qui irrigue sa substance de poesie.

C’est cela, la poesie et la poetique de Nina Živančević. Qui transparait, quelle que soit la langue adoptee par son chemin de poeme. En langue anglaise, ou en langue francaise, et bien sur aussi dans les langues slaves, – quand je l’entends, dans ces langues qui sont les siennes et que j’ai voulu approcher plus pres, sans jamais les atteindre vraiment.

Et la grande amitie de poesie qui me relie a Nina Živančević traverse avec une joie grandissante ce paysage continuel et pourtant en variation perpetuelle, de sa nonchalance ardente.

C’est la comme si un paysage entier se trouvait soudain en danger. Car le ≪ paysage yougoslave ≫ pour moi demeure marque par ces jours terribles de la fin d’hiver, en fevrier-mars 1943. Ou j’entendais se dechainer un coup de poing contre les nations slaves du Sud de l’Europe, alors groupees sous le beau nom finalement victorieux de Yougoslavie, qui va etre plus tard ≪ autodetruit ≫… Mais qui permettra justement leur resistance splendide, durant l’hiver et le printemps de guerre en l’an 1943 d’un siecle.

Aujourd’hui huit Republiques affrontees entre elles ont succede a la ≪ Republique Federative Yougoslave ≫, la Republika Federativna qui siegeait aux reunions de Bandung, aux cotes de la Chine et de l’Indonesie, parmi les puissances ≪ non-alignees ≫.

– Mais les poemes de Nina surviennent, parmi le chant des poemes du monde de la vie : ils acquiescent a ce qui vient, a l’echelle des minutes breves du plus vivant, ≪ par bonheur ≫.

– Avec cet humour pas du tout defini, de l’accablement infatigable, et triomphant.

Ces instants de poemes viennent au-devant du plus vivant. Ce sont ceux de Nina. De Nina Živančević, les merveilleux.

Jean-Pierre Faye.

 

Lors d’un passage dans le métro parisien

 

Je l’ai vue

Tout habillée de soie et

De velours tandis qu’elle se penchait pour

Ramasser un centime qui s’était échappé

De son porte-monnaie, elle n’a

Même pas jeté un coup d’oeil sur la mendiante qui

avait

Un nouveau-né dans les bras

À deux pas en face d’elle

Pour la pauvresse j’ai laissé tomber

Un euro dans un gobelet

Même

si elle a de quoi manger il lui faut rester là

Assise pour un métier aussi dégradant

Et voilà, tandis que je m’efforce de

Noter pour moi une impression pesante

L’enfant glisse sa main dans mon sac

Il ne se doute pas

Que je suis native de Dortchol

Je suis triste et je le laisse

Ainsi farfouiller dans le sac

Bientôt je vais me mettre à pousser des cris aigus

Bientôt il va comprendre à qui

Il a affaire

Bientôt je vais

Entonner « Je suis née un jour

De Pâques… »

Pour le rappeler à l’ordre…

 

Nina Živančević

 

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